Le chiffrement des données : comprendre les fondamentaux pour protéger votre entreprise
Le chiffrement des données protège votre entreprise du vol et du rançongiciel : principes, types et bonnes pratiques pour les TPE et PME.

Thierry Leblond
Directeur général & cofondateur
9 mins
- Cybersécurité

Toutes les entreprises gèrent des données sensibles : contrats, données clients, informations bancaires, secrets de fabrication. Le chiffrement des données constitue l’un des maillons essentiels de la cybersécurité des TPE et PME. En permettant au seul détenteur des clés d’accès de lire, exploiter ou modifier ces données, il constitue une protection particulièrement efficace contre le piratage, le vol ou l’altération.
Ce dossier, rédigé par Parsec, spécialiste de la sécurisation des données, référencé Activateur France Num, vous explique ce qu’est le chiffrement, comment il fonctionne et pourquoi il est aujourd’hui indispensable à toute stratégie de cybersécurité, quelle que soit la taille de votre entreprise.
Pourquoi toutes les TPE et PME doivent protéger leurs données
Des risques qui touchent toutes les tailles d’entreprise
La cybersécurité n’est pas l’affaire exclusive des grandes entreprises. Selon le Baromètre national de la maturité cyber des TPE PME 2025 publié par Cybermalveillance.gouv.fr, 80 % des TPE PME reconnaissent ne pas être suffisamment préparées à une cyberattaque, et près de 6 entreprises sur 10 admettent ne pas savoir évaluer les conséquences d’un incident de sécurité.
Pourtant, l’enjeu est vital. Ainsi, une analyse Bessé / G.P. Goldstein sur 48 incidents cyber sur des entreprises françaises non cotées, entre 2017 et 2021, montre que le risque de défaillance de l’entreprise augmente d’environ 50 % dans les 6 mois qui suivent l’annonce de l’incident, faute de pouvoir absorber les coûts de remise en état, la perte d’activité et les éventuelles sanctions réglementaires.
Des données sensibles dans tous les secteurs
Toutes les TPE et PME gèrent des données personnelles sensibles :
- fichiers clients ;
- données relatives aux salariés ;
- informations bancaires ;
- contrats ;
- etc.
Nombreuses sont aussi les entreprises qui disposent de documents confidentiels relevant du secret des affaires ou de la propriété intellectuelle. Certains secteurs sont particulièrement exposés :
- Les garages automobiles conservent des copies de cartes grises, des documents à valeur administrative, souvent stockées dans un simple dossier partagé ou une boîte mail.
- Les cabinets d’avocats et les consultants en stratégie gèrent des informations couvertes par le secret professionnel : litiges en cours, montages financiers, opérations de cession.
- Les professionnels de l’immobilier reçoivent et transmettent des bulletins de salaire, des relevés bancaires, des offres de prêt, autant de données personnelles au sens du RGPD.
- Les bureaux d’études et sous-traitants industriels détiennent des plans, des brevets en cours de dépôt, des secrets de fabrication qui constituent leur avantage concurrentiel.
Dans tous ces cas, une fuite de données peut entraîner des sanctions financières, une perte de confiance des clients et une mise en cause de la responsabilité de l’entreprise.
Qu’est-ce que le chiffrement des données ?
Le chiffrement des données occupe une place cruciale en cybersécurité : il consiste à transformer des données lisibles en un code secret qui ne peut être déchiffré que par une clé numérique spécifique. Un algorithme mathématique (le logiciel de chiffrement) crée un schéma de chiffrement qui, en théorie, ne peut être cassé que par une puissance de calcul exceptionnelle.
Imaginez que vous glissez un document confidentiel dans une boîte fermée à clé avant de l’envoyer par la poste. Seule la personne qui possède la clé de cette boîte pourra l’ouvrir et lire le document ; personne d’autre, ni le facteur, ni l’opérateur postal, ne pourra accéder au contenu. Le chiffrement numérique fonctionne exactement sur ce principe : sans la clé correspondante, il est impossible de retrouver le contenu original, même pour un ordinateur très puissant.
La clé est indispensable pour accéder aux données chiffrées. Elles ne peuvent être lues ou modifiées qu’après avoir été déchiffrées.
En cas de vol ou d’intrusion, le chiffrement offre une barrière robuste en rendant les données illisibles faute de disposer de la clé appropriée. Les informations demeurent ainsi sécurisées, qu’elles soient stockées sur des ordinateurs, en transit, ou durant leur traitement.
Du chiffrement des données à la cryptographie
La cryptographie désigne l’ensemble des techniques mathématiques permettant de protéger des données. Elle offre une protection robuste contre la fuite de données, qu’elle soit accidentelle ou liée à un acte malveillant. Elle assure notamment :
- La confidentialité des données : le chiffrement permet de maintenir la confidentialité des données en les rendant illisibles pour toute personne non autorisée. Même si une personne parvient à intercepter les données, elles seront inutilisables sans la clé de chiffrement appropriée pour les déchiffrer.
- L’intégrité des données : les pirates informatiques ne se limitent pas à dérober des informations, ils peuvent aussi altérer des données à des fins frauduleuses. La cryptographie, via les fonctions de hachage ou les codes d’authentification de message, aide à garantir l’intégrité des données en détectant toute altération ou modification non autorisée : tout changement apporté à des données chiffrées est détecté lors du processus de déchiffrement, ce qui révèle une atteinte à l’intégrité des données.
- L’authentification des données : la cryptographie est aussi utilisée pour vérifier l’authenticité des données et de l’expéditeur. L’utilisation de certificats électroniques et de signatures numériques permet de s’assurer que les données proviennent bien de la source attendue et qu’elles n’ont pas été altérées lors de leur transmission.
Pour en savoir plus, consultez l’article de la CNIL : Comprendre les grands principes de la cryptologie et du chiffrement.
On distingue 2 types de chiffrement, selon la façon dont est gérée la clé.
Le chiffrement symétrique : une seule clé pour tout le monde
Dans le chiffrement symétrique, la même clé sert à la fois à chiffrer le document et à le déchiffrer. C’est le système le plus simple : vous verrouillez la boîte avec une clé, et votre destinataire l’ouvre avec la même clé. Les logiciels de compression (une archive ZIP protégée par mot de passe, par exemple) fonctionnent sur ce principe.
Simple à mettre en œuvre, il s’avère plus limité pour échanger des informations. En effet, comment transmettre la clé (le mot de passe) au destinataire sans qu’un tiers puisse l’intercepter ? A minima, il convient d’utiliser des canaux différents : si le document chiffré est envoyé par courrier électronique, la clé peut être envoyée par SMS. C’est le problème fondamental du chiffrement symétrique dès qu’il s’agit de partager des données avec d’autres personnes.
Le chiffrement symétrique est également utilisé pour le chiffrement de disque, qui permet de chiffrer l’intégralité du contenu d’un ordinateur ou d’une clé USB ; ses atouts et ses limites sont détaillés plus bas.
Le chiffrement asymétrique : une clé pour verrouiller, une autre pour ouvrir
Le chiffrement asymétrique résout ce problème avec une idée ingénieuse : chaque utilisateur dispose de deux clés mathématiquement liées mais distinctes.
- La clé publique de l’expéditeur peut être librement partagée avec tout le monde. Elle sert à chiffrer un message à l’attention de son propriétaire.
- La clé privée n’est connue que de son propriétaire. Elle seule permet au destinataire de déchiffrer les messages que d’autres lui ont envoyés en utilisant sa clé publique.
Imaginez un cadenas ouvert (la clé publique) que vous distribuez librement : n’importe qui peut s’en saisir, y glisser un document et le refermer. Mais vous êtes le seul à posséder la clé qui ouvre ce cadenas (la clé privée). Vous pouvez distribuer autant de cadenas ouverts que vous le souhaitez, personne ne pourra les ouvrir à votre place.
C’est sur ce principe que reposent les technologies de chiffrement de bout en bout utilisées aujourd’hui pour sécuriser les communications et les partages de fichiers entre plusieurs personnes.
Pourquoi chiffrer les données de son entreprise ?
Un rempart contre les attaques par rançongiciel
Les rançongiciels (ou ransomware) sont une menace réelle pour les TPE PME. Si ce n’est pas la menace la plus fréquente (elle représentait 8,1 % des demandes d’assistance auprès de Cybermalveillance.gouv.fr en 2025), elle est l’une des plus redoutables pour une organisation.
Un logiciel malveillant s’introduit dans le système d’information, souvent via une pièce jointe piégée reçue par courrier électronique, et chiffre l’ensemble des fichiers de l’entreprise, qui en perd l’accès. Les attaquants réclament alors une rançon pour restituer les données. Si les données d’une entreprise sont centralisées sur un serveur non cloisonné, une seule attaque peut tout compromettre simultanément.
Une protection contre les attaques par interception
Les entreprises utilisent de plus en plus de services hébergés à l’extérieur de leurs locaux, tels que le cloud ou les services SaaS, et de moins en moins de serveurs informatiques internes. En conséquence, leurs données transitent en permanence sur les réseaux. Si les données ne sont pas chiffrées, elles sont soumises à des risques d’interception.
Lorsque les données sont chiffrées, elles sont beaucoup plus difficiles à intercepter et à comprendre pour un attaquant : même s’il parvient à obtenir les données chiffrées, il ne pourra pas les lire sans la clé de chiffrement appropriée.
Une souveraineté des données et une conformité vis-à-vis des réglementations
Les grands fournisseurs de services numériques (cloud, stockage en ligne, suites bureautiques) sont majoritairement américains. Leurs données, même hébergées en Europe, peuvent être soumises à des législations américaines qui autorisent les autorités américaines à y accéder sans nécessairement en informer les entreprises européennes concernées. Pour une entreprise traitant des données couvertes par le secret professionnel ou relevant du Règlement européen sur les données personnelles (RGPD), cette situation soulève des questions légitimes de conformité et de responsabilité juridique.
Les réglementations sur la protection des données encouragent ou exigent le chiffrement des données, selon leur niveau de sensibilité. Le chiffrement permet de se conformer aux exigences relatives à la protection des données personnelles définies par le RGPD.
Quelle approche de chiffrement adopter ?
Comprendre les trois états de la donnée
Dans sa fiche pratique consacrée au chiffrement dans le cloud, la CNIL distingue 3 états que peut prendre une donnée, et rappelle que les mesures de protection à appliquer diffèrent selon cet état :
- La donnée au repos est stockée de manière persistante (sur un disque dur ou un disque SSD) sans être activement utilisée ou transmise.
- La donnée en transit est celle qui circule sur un réseau : un courriel envoyé, un fichier transféré vers un espace de stockage en ligne de type cloud, un message échangé sur une messagerie instantanée.
- La donnée en traitement est celle qui est en cours de consultation, de mise à jour ou d’analyse par un utilisateur, une application ou un service.
Les données, dans chacun de leurs états, peuvent bénéficier du chiffrement pour améliorer le niveau de sécurité de l’entreprise.
Le chiffrement appliqué à chaque état de la donnée : une approche utile mais limitée
Le chiffrement de disque (données au repos), qui chiffre l’intégralité du contenu d’un ordinateur ou d’une clé USB, permet de s’assurer, en cas de vol du matériel, que personne ne pourra accéder aux données sans le mot de passe. C’est une protection utile et à activer systématiquement.
Mais dès que l’ordinateur est allumé et connecté, les données échangées avec l’extérieur (données en transit) sont déchiffrées et redeviennent lisibles par l’utilisateur, mais aussi par tout réseau ou tout service en ligne auquel ces fichiers sont ensuite envoyés. Le chiffrement de disque ne protège donc pas les données une fois qu’elles quittent l’appareil. Pour chiffrer les données en transit, le recours à d’autres outils de chiffrement est nécessaire, comme par exemple une solution VPN qui chiffre les flux de données échangés pour les rendre illisibles.
Les données envoyées vers un serveur distant, un stockage cloud ou une solution SaaS, comme un ERP ou un CRM distant, et qui sont traitées par ces solutions (données en traitement), sont aussi exposées si elles sont stockées en clair (non chiffrées), en particulier en cas de fuite de données.
En ne chiffrant pas les données dans tous leurs états (au repos, en transit et en traitement), on les expose à des risques spécifiques. C’est à cette problématique que répond le chiffrement de bout en bout, qui permet d’assurer une continuité du chiffrement tout au long de l’utilisation de la donnée.
Le chiffrement de bout en bout : une protection renforcée
Avec le chiffrement de bout en bout, les données sont chiffrées (et signées) avant même de quitter l’appareil de l’expéditeur, et ne sont déchiffrées (et vérifiées) qu’à l’arrivée, sur l’appareil du destinataire autorisé. Entre les deux, pendant le transport, sur les serveurs du prestataire, dans les centres de données, les données restent chiffrées et illisibles pour quiconque ne dispose pas de la clé.
C’est la différence fondamentale avec un service de stockage cloud classique, qui chiffre peut-être les données en transit et au repos, mais qui conserve les clés de déchiffrement, et peut donc, lui ou un tiers qui l’y contraint, accéder aux données.
Certaines applications de messagerie, les SMS et d’autres services de communication reposent sur le chiffrement de bout en bout pour protéger les messages contre tout accès non autorisé.
Cette approche permet de mettre en place une architecture Zéro Confiance (ou Zero Trust) qui part du principe qu’aucune personne, aucun appareil ni aucune application ne doit être considéré comme fiable par défaut, qu’il soit situé à l’intérieur ou à l’extérieur du réseau de l’entreprise.
Ce type d’architecture est à privilégier pour sécuriser au maximum ses données, en particulier dans un contexte d’échange d’informations et de collaboration. Elle permet d’éviter que le serveur de l’entreprise qui centralise ses données (qu’il soit hébergé dans ses locaux ou chez un prestataire) ne constitue un unique point de vulnérabilité.

Image générée avec l’IA
Dans l’architecture traditionnelle, en haut du schéma, le serveur central stocke les données en clair ou avec des clés qu’il contrôle. Trois acteurs peuvent y accéder : les groupes criminels organisés (éditeurs de rançongiciels ou revendeurs sur le web clandestin), les autorités étrangères (via le Cloud Act), et les administrateurs du fournisseur cloud.
Dans l’architecture Zéro Confiance, en bas du schéma, les données sont chiffrées sur l’appareil de l’utilisateur avant d’être envoyées : le serveur ne stocke que des données chiffrées illisibles. Ces trois mêmes acteurs ne voient que des données inexploitables, sans les clés que seul l’utilisateur détient.
Le conseil de l’expert
Pour un budget souvent équivalent à celui de solutions classiques, il est possible de basculer ses données vers une solution intégrant le chiffrement de bout en bout et de bénéficier ainsi d’un niveau de protection maximal.
Un point de vigilance à anticiper : dans une architecture où le prestataire ne détient jamais les clés de déchiffrement, un mot de passe perdu par un collaborateur peut rendre ses fichiers définitivement inaccessibles, y compris pour le prestataire lui-même. Il n’existe, en effet, pas de procédure de réinitialisation « par la porte de derrière » comme sur un service classique. Une procédure interne de sauvegarde des accès, comme la mise en place d’un coffre-fort de mots de passe partagé, est donc recommandée. Ces outils intègrent des mécanismes de sauvegarde des clés personnelles, des rappels associés et un clonage de son terminal.
Autre nuance à connaître : le chiffrement de bout en bout protège le contenu des fichiers et des messages, mais pas toujours les métadonnées associées (qui échange avec qui, à quelle heure, quel est le nom ou la taille d’un fichier). Ces informations peuvent rester visibles du prestataire selon les solutions. Il est conseillé de lui demander explicitement ce qui échappe au chiffrement avant de valider que l’offre est totalement étanche.
Enfin, pour objectiver le choix d’un prestataire, la qualification ou la certification délivrée par l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI), partenaire de France Num, constitue un repère fiable : elle atteste d’une évaluation indépendante de la robustesse du produit et, pour la qualification, de la conformité du fournisseur aux exigences réglementaires françaises.
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